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 [PV Alice.B] Alice In Wonderunderground

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Abel C. Zerach
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Abel C. Zerach


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MessageSujet: [PV Alice.B] Alice In Wonderunderground   [PV Alice.B] Alice In Wonderunderground Icon_minitimeJeu 6 Nov - 9:29

L’Archange poussa un soupir de satisfaction en se laissant aller contre l’une des profondes banquettes tendues de velours grenat de l’Orpheus. Fermant doucement les yeux, il alluma une cigarette dont il aspira la première bouffée avec une lenteur consommée. Retint un instant sa respiration pour laisser la fumée âcre emplir totalement ses poumons et ne plus offrir d’autre choix à son souffle que d’expulser une volute de fumée bleutée qui se perdit en arabesques dansantes devant ses pupilles à nouveau exposées aux lumières changeantes du club. Entre deux flashs, il entre apercevait déjà les contours mouvants des corps se livrant au rituel languissant d’une danse lente et indécente, rythmée par l'écho lancinant de la musique emplissant l'air autour d'eux.

Exactement ce qu’il lui fallait pour chasser l’incommensurable lassitude d’une réunion de travail qui s’était prolongée jusque tard dans la nuit. Il avait donné de sa personne avec une bonne volonté si bien feinte - au travers de monologues savants sur la santé du marché et les spéculations boursières miraculeuses qui suivraient sans nul doute l’annonce de la mise sur le marché d’un nouvel anti-douleur révolutionnaire – que lui-même fut surpris de se montrer aussi impliqué dans de triviales questions de budget et de relations publiques. Fatale erreur que de montrer trop d’enthousiasme, les actionnaires du conseil d’administration ayant les poches pleines de chardon quand on leur demandait de mettre en jeu leurs sacro saints deniers personnels… Encore et encore, avec une réserve digne d’une vierge effarouchée à qui on voudrait mettre la main au panier, ils avaient argumenté sans cesse sur les risques, les pertes et profits à escompter et autres basses considérations matérielles dont un homme aussi fortuné que le sieur Zerach n’avait, avouons le, franchement rien à secouer. "Seigneur… mais faites les taire, avant que je ne leur arrache moi-même les cordes vocales à ces pingouins en costumes trois pièces."

Cette dernière pensée avait tourné en boucle dans son esprit, avec la même langueur malsaine que le rythme de la mélodie diffusée dans les hauts parleurs de l’Orpheus, à un volume sonore tel qu’aucune forme de pensée n’était plus autorisée à venir polluer votre cerveau. Esquissant un demi-sourire teinté d’avidité lorsque le son de cris de terreur - porté par la mélodie électro qui secouait les corps dans la salle principale - vint se couler dans son oreille, Abel se redressa sur le siège, retira sa veste cigarette aux lèvres, pour se mettre enfin réellement à l’aise. Remontant les manches de sa chemise, il remercia le serveur d’un signe de tête et plongea le regard dans la foule en même temps que ses lèvres s’entrouvrirent pour accueillir avec un plaisir non dissimulé une gorgée de Syrah, un vin rouge fortement alcoolisé, aux arômes d’épices et de chocolat. De loin pas aussi douceâtre et enivrant que le sang lorsqu’il coulait, épais et chaud, au fond de sa gorge… mais suffisamment intense pour qu’il finisse de l’emmener loin des assommantes affaires professionnelles qui avaient consumé son temps aussi surement que le blanc de sa cigarette disparaissait dans un crépitement inaudible à mesure qu’il en aspirait le toxique fumet. Les voix des actionnaires et leurs stériles préoccupations pécuniaires s’effaçaient de sa mémoire, éradiquées par l’atmosphère saturée de décibels, de fumée et d’hormones libérées par les corps en sueur qui se mouvaient dans l’absence totale de pudeur et de retenue jusqu’entre les tables du club. Il y avait foule cette nuit là, à croire que toute la populace de la ville avait ressenti l’irrépressible besoin d’oublier la monotonie quotidienne ou comme l’Archange, celui de venir chercher quelque chose de vibrant, de salutairement décadent pour se sauver d’une sensation d’étouffement oppressante qui l’avait saisit aux tripes alors qu’il était confortablement assis dans le fauteuil de cuir de la salle du conseil au sommet de l’Etemenanki. Jamais il ne s’était senti aussi bassement sur Terre dans cette tour qui tutoyait les étoiles. Songer à déléguer, peut-être.

Mais il n’était pas temps de réfléchir plus avant sur des questions de travail, alors que devant ses prunelles grises s’étalait avec ferveur la recherche effrénée du plaisir sous toutes ses formes. L’Archange se laissa volontiers hypnotiser un peu plus à chaque seconde qui s’envolait, désireux de trouver la négation du temps et d’un certain monde dans ce lieu de glorieuse perdition. Se rendre dans le quartier des plaisirs aurait été tout aussi efficace, sinon plus, mais ce genre d’envie n’était pas au menu pour l’instant. Rien d’autre qu’une aspiration à se noyer dans la marée ondulante et brûlante d’âmes anonymes en quête de la satisfaction immédiate des sens loin des tractations financières qui précèdent l’oubli de soi aux corps des prostitués. Quelque chose à la fois de plus sincère et de plus hypocrite que les plaisirs offerts par les anges débauchés du Karyukai. Tout le monde était ici au final pour baiser. Il n’y avait qu’à voir la manière effrontée dont ces femmes et ces hommes, qui ne connaissaient rien les uns des autres à part la carte de visite plus ou moins attirante de leur physique, se frottaient à leur voisin avec une lueur fiévreuse au fond des yeux qui ne laissait planer aucun doute quant à la position horizontale dans laquelle ils espéraient tous finir la soirée. En tête à tête ou en groupe. Sexe classique ou enveloppé de vinyle et enchainé. Peu importait, tout ce qu’ils désiraient au fond était justement de pouvoir sonder l’intimité d’un autre, bien qu’il s’en serait trouvé peu pour l’avouer sans détour.

Les aspirations de l’Archange étaient toutefois quelque peu différentes. Non pas que dans l’amas de chair qui se laissait aller au rythme répétitif et pesant de la musique jouée spécialement pour leur faire perdre toute inhibition, il n’y eut quelque attirante femelle ou captivant jeune homme dont les appâts auraient pu le pousser à vouloir retirer plus que la veste de son costume sur-mesure. Simplement préférait-il observer, se délecter de la vision enchanteresse d’une bacchanale moderne qui aurait fait hurler d’indignation les membres bien pensants de l’Amariah… et sentir monter en lui une toute autre faim que celle des plaisirs charnels. Ses prunelles métallisées glissaient sur les courbes sinueuses des corps ondoyant à l’unisson tout autour de lui, s’attardant sur les cous découverts, perlant de sueur et aux veines gonflées par la chaleur et l’afflux sanguin qui engorgeait leurs chairs en mouvement. Il stoppa net le va et vient incessant de ses yeux quand ils rencontrèrent une silhouette dont la maigreur et l’indifférence affichée contrastait avec les volutes serpentines alentours, habitées d’une ardeur fébrile.

Le message silencieux porté par son regard était une invitation on ne peut plus claire à se joindre à lui, tant il plongeait à présent avec une froide indiscrétion, impassible, dans le fond des yeux de l’étrange créature qui avait retenue son attention.

... Allez, viens mon joli lapin, viens plonger dans mon terrier...
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MessageSujet: Re: [PV Alice.B] Alice In Wonderunderground   [PV Alice.B] Alice In Wonderunderground Icon_minitimeDim 9 Nov - 1:45

« Carcasse ! Hey Carcasse ! »

Carcasse était étendue sur le sol, entre ses doigts minces, une cigarette. De cette cigarette, de la fumée. Une prostituée, une collègue, lui criait un surnom désagréable, presque une insulte. Un amas de mégot gisait piteusement à ses côtés, fosse commune des victimes de sa soudaine envie de fumer comme un pompier. Elle l’empoigna par ses vêtements, l’obligeant ainsi à se lever. « Alice, ma chérie, sois une gentille fille. L’patron gueule, y’a un client qui t’attend… Tu fous quoi bordel ?... » Alice la repoussa faiblement, la contourna sans un mot. Qu’elle était vulgaire. Ses seins débordaient d’un débardeur rose fluo. La graisse des jambonneaux qui lui servaient de cuisses remuait à chacun de ses pas, horreur que sa mini-jupe en jean dissimulait à peine. Alice jeta un œil sur son propre corps décharné. Il sourit. Il se déshabilla devant sa collègue, sans aucune pudeur, ce qui fut efficace pour la faire fuir. Peu de temps lui fallut pour choisir sa tenue vestimentaire. Un court débardeur noir, logiquement réservé à un individu de sexe féminin, aux bords de dentelle « en plastique », et dont le seul dessin était une petite croix rouge sur la poitrine, au milieu. Il opta pour un pantalon taille basse noir en cuir synthétique. Une tenue qui accentuait l’ambigüité qui planait sur son genre. On eut pu dire qu’il en jouait, mais en réalité faisait-il encore une quelconque distinction ? Comme souvent, son ventre était offert à la vue de tous. Son ventre ainsi que sa cicatrice. Ca pouvait parfois être un argument de vente. Mais ce n’était pas franchement un objectif. Puisqu’il était déjà vendu ce soir.

Le client était un habitué. Il aimait les jolies décorations pour l’accompagner en soirée. Les jeunes, les femmes, avaient sa préférence. Mais il avait daigné faire un petit écart pour Alice parce que l’illusion était quasi parfaite. Que finalement, pour lui, ça ne changeait pas grand-chose. Les gamines qu’il payait n’avaient plus vraiment figure humaine depuis longtemps dans sa tête. Des objets qu’il n’avait qu’à demander pour satisfaire ses désirs. Quelques billets. C’était aussi simple que ça. Et parfois, lorsqu’il s’en rendait compte, le monstre qu’il était le dégoûtait, le rendait tellement honteux qu’il renvoyait les filles « chez elles ». Trop tard pensa Alice. Et finalement, il se persuadait toujours que ce qu’il faisait n’avait rien que de très normal. Et il était déjà revenu que ses précédentes marchandes d’amour n’avaient pas encore terminé de compter leurs billets.

Le jeune travesti enfila des bottines rouges à talon parce que le client aimait les talons. Alice avait l’avantage de bien vouloir et de pouvoir s’adapter en fonction du micheton. Un autre secret de son relatif succès. Le type de ce soir préférait aussi les cheveux détachés et les brunes plutôt que les blondes. Il abhorrait l’alcool, n’aimait pas les vestes de costumes, ni les cravates… Alice ma petite, tu crois que tu pourrais travailler pour le gouvernement avec toutes ces informations capitales ? Evidemment. On l’engagerait sans problème ce travelo en bas résilles. « Mais oui, bien sur, entrez-donc ! » Non. Cela ne lui faisait pas envie de toute façon. Il arriva à l’Orpheus avec plus de vingt minutes de retard. ‘’De retard’’ car oui, l’assiduité était une qualité que Monsieur appréciait trouver chez les péripatéticiennes qu’il ‘’commandait’’. « Ah, te voilà enfin ! T’es une pétasse minable ma pauvre Alice. Pas foutue d’arriver à l’heure… » Dès son entrée dans l’antre de l’orgie, Alice eut l’impression de suffoquer. La musique agressa ses tympans, les exhalaisons des corps en mouvement ses narines. Il avait beau venir ici assez souvent, il lui fallait toujours un temps d’adaptation. L’image paisible et splendide de la basilique lui vint en mémoire, les murmures d’une prière… Mais Alice prostituée chassa vite cette pensée, se jetant tout entière dans la foule impudente. « C’est quelque chose de trop difficile pour toi ?... » Alice, pour toute réponse, glissa une main sur la joue de l’homme, l’effleura à peine et se pencha pour lui offrir un baiser. Mais son client prit les devants, se leva, approcha le jeune prostitué de lui en lui entourant la taille et l’embrassa de son habituelle façon vorace. Ils s’assirent ensuite côte à côte sur la banquette. Aussitôt une main vint entourer les frêles épaules du jeune garçon, alors que l’autre, baladeuse, caressait ses cuisses maigrelettes. « Mon petit cure-dent… » Il était prévu que deux de ses amis arrivent, et ils se pointèrent quelques 10 minutes plus tard. Evidemment, cette fois, le retard était excusé. Deux prostituées, siliconées et blondes les accompagnaient. Elles fixèrent Alice comme un objet de foire, l’une d’elle murmura à son client « Des goûts spaces ton pote… » Puis commencèrent les conversations habituelles. « Le boulot ? Bah… Comme d’habitude. » … « On est là pour se détendre de toute façon, ne parlons pas boulot s’il vous plait les enfants. » Et ils entamèrent une conversation sur la façon dont la faune de l’Orpheus se fringuait. A quel point ils trouvaient tous immondes les machins gothiques et autres ‘’laideurs’’. Les regards s’étaient tournés vers Alice Blue, qui ne faisait guère tâche dans la « galerie des horreurs vestimentaires » selon les deux types, sans doute en raison du faux cuir, des piercings, du verni noir et de la croix sur son vêtement. Le client s’indigna : « Alice ? Gothique ? Regardez comme elle a l’air innocente et pure. Elle est loin de ces obscénités. » … « Ouais enfin, l’est pas une peu plate là ? Joli visage mais bon, c’est même pas ça qu’on leur demande pas vrai ? » Alice crut remarquer que son client commençait à se sentir mal à l’aise, sans doute n’avait t-il pas avoué à ses pseudo amis qu’il se tapait un prostitué mâle. Cela fut confirmé lorsqu’il l’envoya chercher des boissons. Alice se leva, son client lui fourra des billets dans la poche de son pantalon, lui attrapa la main avant qu’il ne s’en aille, et, la tenant fermement lui dit : « Et j’aimerais revoir la monnaie p’tite salope… » Les amis et leurs pouffiasses se mirent à rire. Alice ne comprit trop pourquoi. Ce mépris que les clients avaient parfois à son égard, il n’y faisait pas attention. Les types comme celui de ce soir lui crachaient dessus, et la seconde d’après l’aimaient comme leur conjoint. Dans les deux cas, cela indifférait la jouvencelle qui se frayait actuellement un chemin parmi la foule, nonchalamment, jusqu’au comptoir. Un instant seulement, son regard se tourna vers ces gens assis. Parmi ces groupes, combien de collègues ? Combien, qui, comme lui, officiaient comme accessoire de soirée ? Peu lui importait. Il ne se sentait ni ami, ni proche des autres prostitués. Le devrait-il ? Il remarqua seulement maintenant un homme qui le regardait fixement, alors Alice s’arrêta tout à fait, se laissant transpercer par la froideur de son regard. Que lui voulait-il ? C’était tellement évident. Mais… Ce visage lui disait vaguement quelque chose. Non. Tu ne peux pas faire ça. Non seulement Alice était attendue, mais l’argent, les boissons qu’elle était censée ramener avec elle... Le client serait en rage. Le patron aussi. Mais alors que ses pensées se bousculaient dans sa tête, la pute elle était déjà en marche. Elle s’assit le plus loin possible sur la même banquette que l’homme, telle une vierge effarouchée, sans trop le faire exprès cela dit, et une autre soirée lui revint en tête. Celle ou des filles de sa maison de passe lui avaient montré un homme, en lui disant : « Regarde, c’est lui. Monsieur Zerach. Le grand patron. » Pas un seul mot ne traversa les lèvres d’Alice. Tandis qu’ailleurs un type devait commencer à s’énerver parce que sa pétasse du soir était « longuette », cette dernière avait déjà oublié son client officiel, commençait tout juste à découvrir la beauté de l'archange en se noyant dans son regard hypnotique.
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Abel C. Zerach
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MessageSujet: Re: [PV Alice.B] Alice In Wonderunderground   [PV Alice.B] Alice In Wonderunderground Icon_minitimeMar 11 Nov - 11:33

Comme une statue dans le jardin du rêve.

Mutique. Deux yeux sombres, longs cils d’obsidienne sur des paupières laiteuses, le fixaient à présent depuis le bout opposé de la banquette. Une attitude de biche effarouchée qui s’amplifiait à chaque clignement d’œil. Ils se faisaient rares pourtant, constata l’Archange, ces mouvements rapides derrière lesquels disparaissaient une fraction de seconde les deux perles ébène enchâssées dans ce visage de porcelaine. Anormalement rares même. Camée ? A quoi pouvait-elle bien se défoncer celle-ci, pour flirter ainsi avec les limites d’une maigreur pathologique, flottant outrageusement entre une grâce angélique et un aspect famélique. Précaire harmonie entre Vie et Mort, équilibre aussi frêle que ce corps immobile offert aux regards. A son regard. Qui quitta brutalement les deux billes façonnées dans les ténèbres nocturnes auxquelles il était accroché jusqu’ici comme un poignard enfoncé au plus profond de chairs crispés. Sans y avoir été invité, prenant le plein droit d’une exploration détaillée du menu humain posé à quelques dizaines de centimètres tel une poupée en vitrine, il laissa ses yeux gris acier promener librement à nouveau leur sibérienne caresse sur chaque recoin de peau volontairement impudiquement exposée. Les volutes de fumée bleue dessinaient des arabesques savantes qui se superposaient en tatouages éphémères sur la pureté opaline de l’épiderme juvénile.

D’abord tours et détours sur les traits d’une finesse enfantine de ce beau visage, quasi neurasthénique, qui paraissait incapable de s’animer ne serais ce que d’un tressaillement à moins qu’une bombe explose soudainement juste à côté. Jusque dans ces yeux, abîmes d’un noir sans fond, l’absence presque parfaite de trouble ou de réaction. L’image hésitante d’un questionnement intérieur y pulsait faiblement. Ou était-ce le spectre de la curiosité, d’un intérêt naissant qui commençait à prendre consistance à mesure que les secondes passaient, scandées par le vacarme assourdissant de la musique, qui rendait ce silence entre eux encore plus troublant. D’une étrangeté aussi captivante que la discordance entre les atours de cendrillon macabre drapée dans des matières au rabais et l’improbable élégance qui se dégageait pourtant de ce corps affamé qui les portaient comme une seconde peau. Une beauté hors conventions, l’alliance du morbide et de l’innocence, cocktail au mélange subtil dont le lamia se délectait à chaque passage du regard, chaque découverte d’un terrain à l’apparence virginale, qu’il avait décidé de faire sien quoi qu’il advienne.

Son avis ? Oh, il le lui demanderait. Pour la forme. Pour le plaisir de s'amuser avec cet être d’apparence si fragile. La vision d’une cicatrice zébrant le tapis blanc diaphane de cette peau arrêta la course du regard de l’Archange, le temps d’imaginer quel plaisir se pourrait être de laisser ses propres marques à ce corps qui vacillait déjà au bord du précipice. Le pousser un peu plus, qu’il soit sur le point de perdre l’équilibre. Puis le retenir fermement, dans une étreinte emplie d’autant de douceur et de chaleur que le coup précédent avait été porté avec indifférence et violence. Sans cesse lui faire jouer le funambule, sans autre filet que la main qui pouvait l’envoyer valser en contrebas d’une pichenette pleine de dédain face à un jouet sans plus d’attraits. Grisantes évocations d’un jeu qu’il se plaisait à mener très souvent avec les humains qu’il choisissait pour abreuvoir d’une nuit, parfois un peu plus.

Mais aucun ne restait jamais très longtemps à ses côtés, le lassant vite par manque de répondant ou tout bêtement parce que le charme de la nouveauté ne durait pas. Il suffisait de regarder la foule massée dans l’Orpheus pour s’en convaincre… malgré toute la volonté de se démarquer que chacun affichait dans les tenues toutes plus extravagantes les unes que les autres qui habillaient leurs carcasses faites dans le même moule banal, malgré les chevelures aux couleurs les plus anti-naturelles possibles, les artifices multiples dont les gratifiait la modernité, aucun ne parvenait à posséder une aura suffisamment singulière pour envoûter durablement l’âme avide du sieur Zerach. Des garde-manger plus ou moins séduisants, parfois excitants en dehors de cette odeur entêtante quand leur sang sourdait et souillait l’ellipse de leur cou, le plus souvent ennuyeux à mourir passé l’apaisement de la faim. L’ennui. L’ennui, pareil à celui qui s’emparait invariablement de lui lors d’interminables réunions comme celle qui l’avait poussé à venir chercher le réveil dans l’antre impie de ce club surchauffé, l’ennui le rattrapait toujours avec ces pantins de pacotille qui ne dansaient que trop volontiers entre ses doigts habiles.

Alors qu’il replongeait avec insistance dans les yeux nuageux de la trouble sylphide, son désabusé vis-à-vis sentit un irrésistible frisson grimper le long de son échine, qui prenait naissance dans le sein de cette bizarre icône. La chance lui souriait peut-être ce soir. Son air de lorgner sur la tombe lui disait que la proie était idéale. Car c’étaient eux, ces cadavres ambulants à la dégaine de nymphes spectrales, qui se révoltaient avec le plus de virulence quand l’on leur mettait les chaînes aux poignets. Eux qui se débattaient avec une férocité curieusement manquante aux biens en chair, trop mous et trop alanguis pour réagir et sauver leur vie, quand le marionnettiste tirait cruellement sur les fils tendus entre ses mains d’artiste et le corps de son indocile esclave. Et c’était là tout ce qui faisait le plaisir sordide de ce pas de deux endiablé qu’il rêvait de danser avec une partenaire de taille. Le temps était venu de rompre l’instant de grâce, de mettre fin à ce silence en brisant l’inertie et la distance d’un même élan, pour aller quérir confirmation ou non de l’intuition qui s’était fait jour en lui devant l’inattendue rencontre d’une gamine échappée de sphères oniriques.

Sa main droite vint écraser le mégot anéanti du cylindre de papier dont il ne restait plus maintenant que le filtre, tandis que la gauche émit un signe impérieux au serveur posté non loin, lui signifiant de ramener un verre supplémentaire de Syrah. La coupe, pleine de liquide carmin prompt à vous emmener sur les rives instables de l’ivresse alcoolique, arriva entre ses doigts dans un laps de temps acceptable, si bien que le garçon se vit gratifier d’un sourire laconique disant clairement "Tire toi, tu n’es plus d’aucune utilité maintenant" en lieu et place de "Je vous remercie pour votre efficacité". Une gifle aurait été plus agréable que le présent des lèvres ourlées d’arrogance de l’Archange, mais celui-ci ne perdait déjà plus son temps à ne serais-ce que considérer l’existence du serveur.

Toute son attention était focalisée sur la créature qui avait répondu à son appel muet, avec une réserve qui ne manquait pas d’attiser l’instinct du prédateur. D’une impulsion souple, l’homme déplia ses longues jambes pour se relever, s’inclina brièvement en récupérant son verre sur la table basse posée devant la banquette et abolit la distance des quelques pas les séparant pour venir se couler juste aux côtés de ce qu’il supposait encore, dans la pénombre incertaine, être une jeune femme. Son regard inquisiteur se fondit une nouvelle fois dans le voile nocturne désormais lointain d’à peine un souffle. Seule sa main bougea à la dérobée pour rencontrer celle d’Alice et y déposer le pied cristallin du verre enchâssé entre ses doigts.

Puis se furent ses lèvres, qui virent murmurer au creux de son oreille, qu’il découvrit percée de toutes parts, sous couvert du bruit les entourant :


"Que désires-tu ? C’est ta vie que je prendrai cette nuit. A toi de voir si tu veux que cela soit bref ou que le plaisir se prolonge.

Bois, si tu désires jouer.

Ou fuis loin de moi...tant que je te laisse encore le choix."



La seconde d’après, il était adossé contre le velours accueillant du siège comme si sa présence contre elle n’avait jamais été qu’une illusion , le verre suspendu à la limite de sa bouche à demi close, attendant l’esquisse du geste qui ferait office de réponse et dévoilant discrètement la nacre de canines effilées.
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MessageSujet: Re: [PV Alice.B] Alice In Wonderunderground   [PV Alice.B] Alice In Wonderunderground Icon_minitimeSam 15 Nov - 23:22

« A quoi tu te défonces pétasse ? » Mais rien. « Tu mens ! » De temps, en temps, pendant les soirées… « C’est ça, mon cul… » … J’ai déjà pris plusieurs trucs. « Sans rire. » Mais c’est pas tout le temps. « Explique-moi alors, où sont passés les kilos qui ne te feraient plus ressembler à un squelette ? » Squelette. Il y avait de ces soirées où ce mot faisait mal. Un squelette c’est moche. Et c’est déjà mort.

Une innocente et pure enfant telle qu’Alice avait bien à subir des préjugés. Ma pauvre Alice… La drogue est pourtant loin d’être le premier des tes vices. Mais tu vois défiler des foules de personnes douées pour la voyance. Quand tu es prostituée, on ne sait rien, on sait tout de toi. Tout le monde pense pouvoir retracer ta vie de merde avec exactitude. Tu es orpheline. Tu es fugueuse. Tu es maltraitée. Simplement parce… tu n’es qu’une pute. Si tu es maigre c’est que tu es camée, si tu es grosse, c’est que tu bouffes mal par ignorance. Aucune éducation. Un QI déplorable. Et vous obtenez la pute basique. Alice n’avait ni été fugueuse. Ni maltraitée. Ni orpheline. Alice n’était pas de ceux qui pouvaient vendre leur petit frère aux enchères ou un de leurs reins pour une dose à priser, fumer, injecter, mâcher de truc planant, excitant ou hallucinant. Alors oui, en quelques occasions tu sniffes une ou deux saloperies blanches. Oui, tu as déjà testé la seringue et son contenu. Mais l’expérience fut si désagréable que tu n’as plus jamais voulu essayer. Oui tu fumes, parfois des joints, lorsque tu te retrouves seule certaines fois sur ton lit empestant l’odeur de tous tes clients et de leur semence. D’occasionnelles expériences, pas grand-chose comparé à tant d’autres de tes collègues. Mais tu tiens à ajouter : oui, tu peux. Tu peux être défoncée à l’acide et à l’héro tous les soirs, dans votre esprit monsieur le client, si cela vous fait plaisir, elle peut. Et si cela ne vous fait pas plaisir, alors tu seras juste clean comme la sainte vierge, pardonnez-nous Marie.

Et toi, à quoi penses-tu petite dépouille inanimée ? Les réflexions d’une prostituée ne valent sans doute pas la peine d’être écrites ici. Pourquoi ne parles-tu pas… Pour annoncer les prix… Ou pour balancer à Monsieur Zerach d’aller se faire foutre ?... N’en as-tu pas le courage ? Ou es-tu réellement cela ? Une carcasse sans vie, une enveloppe sans âme… Es-tu déjà… Morte ?

Alice elle avait cessé de le contempler. Balayez les clichés une fois de plus, s’il vous plait. Tous les clients ne sont pas des tas immondes de graisse et de sueur. C’était une faune hétéroclite. Il y avait ce psychiatre, l’air froid et imposant habillé, ridicule une fois à poil, avec ses pattes de poulets. Il y a avait cet avocat, stylé, hautain, qui l’était bien moins quand il gémissait comme une fillette alors qu’il sentait la sauce arriver. Il y avait des vieux mariés sans un poil sur le caillou et leur chair flasque. Et parfois oui, des dodus repoussant qui écrasaient la pauvre Alice de tous leur poids s’en guère s’en soucier. De toute façon, la prostituée ne recherchait pas la beauté chez ses clients. Elle recherchait seulement le nombre de billets qu’ils lui mettaient dans la main. Et rares étaient ceux qui, lors de leur temps libre, voulaient s’adonner aux plaisirs charnels… Car on rêvait parfois de partenaires jeunes et choisis, certes, mais concrétiser cela reviendrait pour un soudeur de souder pendant ses congés. Et puis Alice savait être patiente, et pas trop exigeante. Disons qu’elle ne cherchait presque jamais à améliorer sa situation, préférant « comater » sur son lit lors de ses moments de solitude. Alors, pourquoi était-elle ici ? Alors qu’elle devrait être en train de se faire ploter par Monsieur Y, appelons-le ainsi, humilier par ses amis et les connes qui l’accompagnaient… Ce n’était pas une soudaine envie d’opération suicide parce que l’occasion s’en présentait. Non, si Alice ne chercherait pas à s’excuser, elle comptait bien rester dans le métier. Alors si ce n’était pas ça, pas un caprice, qu’est-ce qu’il la retenait ici ? Son intuition. L’impression qu’elle avait que l’archange n’attendait pas d’elle qu’elle satisfasse son appétit sexuel. Appétit… Oui, il y avait autre chose. Alice savait étudier les regards et les expressions, en un simple coup d’œil elle pourrait se vanter de pouvoir connaitre le client sur le bout des doigts. La façon de parler. De bouger. De respirer. Ca annonçait facilement la couleur. Ainsi la pute était au moins douée pour quelque chose, à défaut d’avoir un quelconque autre talent que celui de servir de joujou pour des types en manque d’affection ou… D’autre chose.

Alors, évidemment Abel Zerach avait été gâté par la nature, et nombre de petites putes qu’il s’était tapées avaient du se considérer incroyablement chanceuses ou orgueilleuses voire même se déclarer amoureuses de lui. Mais Alice chez les gens appréciait une aura, plus qu’un physique, et Alice ne touchait pas avec les yeux. Si elle touchait, c’était avec les mains uniquement, sinon, elle ressentait. L’aura du dirigeant de la Babel.Corp n’avait nulle autre pareille, ainsi la petite Alice se sentait irrésistiblement attirée vers lui. Elle observa avec attention le geste que fit ce dernier à un serveur pour réclamer un deuxième verre de ce qu’elle supposa – d’après la couleur, être du Syrah. Alice Blue avait vu tant d’hommes méprisants, aussi mégalomanes que lui, à la différence près que la plupart n’avaient pas de quoi se le permettre. Finalement l’homme vint s’assoir juste à côté de l’éphèbe, lequel fut ravi de l’avoir si près de lui bien que rien ne le prouva puisque ses traits étaient restés figés.

Un murmure. Un contact froid sur sa main. Et puis… Plus rien. As-tu rêvé Alice ? Troublé par la lourde et enivrante atmosphère… Non. Ce n’est pas ça qui te trouble, c’est le personne qui se tient à tes côtés. Lui, le magicien qui t’as proposé de… Prendre ta vie ? Son estomac se noua, sous l’excitation. Il t’a proposé de t’en aller, c’est étrange parce que… Tu n’as aucune envie de le quitter maintenant. Ma petite, tu vas être son jouet, rien d’autre, c’est-ce que tu veux ? Ne te fais pas d’illusions… As-tu peur ? Non. Sinon tu n’aurais même pas répondu à sa silencieuse invitation. Alors dis quelque chose, dis !... Aucun son. Rien, pas un murmure ne permis à l’archange d’apprécier ou non la voix du jeune prostitué. Allait-il lui lancer, comme tant d’autres un désagréable « tu es muette ? »… Peut-être pas. Il ne lui avait pas demandé son prénom en tous cas. Beaucoup de types ne le faisaient pas. Ils s’en tapaient royalement et Alice s’en accommodait. Après tout on ne donne pas de prénom aux objets. Et puis cela ne faisait généralement que les enfoncer tous dans l’erreur quant au sexe de l’adolescent qui, évidemment, ne se souciait guère de ces malentendus. Bien que… Bien que certains le jetaient férocement en apprenant la vérité, irrités, dégoûtés par leur découverte. Il savait déjà que l’archange ne ferait pas partie de ceux-là.

Il approcha donc son visage blafard du sien, se saisit du verre avec un geste si délicat qu’il ne semblait que l’effleurer et bu la moitié de son contenu. Le verre toujours dans sa main, il pencha légèrement la tête sur le côté, replongeant ses yeux dans ceux de Monsieur Zerach. Et son regard valait mieux que toute parole.
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