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 Bittersweet

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MessageSujet: Bittersweet   Bittersweet Icon_minitimeJeu 6 Nov - 21:40

Un regard, au détour d’une ruelle glauque, au détour d’un rebord d’ombrelle… Ses geta claquant sur le sol froid et repoussant. Me regardes-tu, bel Empereur de mes Sens ? Est-ce vers moi que tu marches ? Baisser les yeux, se cacher derrière cette ultime barrière de coquetterie.
Il touche son bras, elle relève à peine ses yeux au mélange étrange. Un tremblement fait frémir quelques mèches de cheveux, elle ne peut le regarder, malgré la poudre qui recouvre son visage d’une fine couche satinée et parfumée, cela ne saurait cacher son trouble. Elle tente de s’enfuir mais la rattrape, quelques pas plus loin, elle entre dans la Maison. Et là, il referme derrière eux. Ce même seau d’eau froide qui lui dégouline le long du dos. Tout bascule, il est agenouillé près du shoji laissant passer une lumière douce. La table basse en bois laqué est prête à accueillir le thé qu’elle est sur le point de servir. Toujours aussi délicate, elle sert le liquide chaud dans la tasse en porcelaine, sans jamais le regarder. Il lui propose sa main et elle laisse la sienne atterrir comme une fleur de cerisier sur le sol. Ses yeux finement maquillés se relèvent vers ceux de braise de l’Archange qui se décale pour arriver à ses côtés et approcher doucement son visage…

Eveil.


Ses cheveux pendaient toujours légèrement à l’arrière du lit, elle n’avait pas bougé. Son corps, finement couvert par une longue tunique de soie laissant pourtant deviner, par endroits, une peau reposée et presque aussi blanche que les neiges éternelles du mont Fuji. Bien heureusement, aucune trace de maquillage… Pas encore. La journée était largement avancée et pourtant, elle était encore à se prélasser.

¤ Ô mon Ange, j’ai encore rêvé de Toi. ¤


Elle s’était levée et observait la douce ambiance qui avait envahie la pièce à travers les panneaux de papier et se découvrit de sa tunique qui vint choir sur le sol, laissant la Geisha aussi découverte d’une nouvelle née. Passant dans la pièce adjacente, elle commença par prendre un bain puis à faire sa coiffure. L’étape laborieuse du chignon, ce peigne si fin que la coiffure était douloureuse avant même d’être terminée. Elle retourna ensuite dans la chambre, arrangea le futon et se mit à la laborieuse mais passionnante tâche de se maquiller et de se vêtir convenablement.

Agenouillée devant la psyché, elle ouvrit la boîte de poudre et prit le large pinceau. Raclant l’épais fard, elle s’en couvrit le cou, la nuque, tout le visage, le haut dos, estompant avec un tissu. Elle attrapa ensuite un petit pot où elle trempa un pinceau plus fin. Ses lèvres se parèrent d’un voile opaque et aussi rouge que le sang. Sa mallette de maquillage était presque étendue sur le sol à présent. Elle traça, d’un coup de pinceau parfaitement biseauté, le haut de ses yeux et en étira par le fait les extrémités. Chaque petit réceptacle avait sa poudre, si bien qu’el soulevant un petit couvercle, elle trouva la poudre rosée qui allait venir sur les côtés de ses joues et sur ses lobes. Elle alluma une allumette puis la souffla, obtenant un charbon parfait pour faire ressortir la finesse de ses sourcils et lui donner son visage final.

Se dirigeant vers son armoire, elle soupira. Lequel choisir ? Le bleu canard ou le violet ? Ou peut-être le bleu roi.

Le violet ce fut. Ses mains expertes passaient et repassaient, repliaient, nouaient, son dos se cambrait… D’abord le couvre reins, ensuite le sous-vêtement blanc puis enfin le kimono violet. Celui-ci était son favori. D’abord serrer cette petite ceinture autour du sous vêtement, puis enfin la belle étoffe de soie et l’obi. Elle s’observa par la suite et rangea le digne bazar de la Geisha digne de ce nom.

Elle ouvrit le tiroir d’une belle commode et se saisit d’un des éventails violets. L’ombrelle assortit se fit attraper au passage. Ne manquait que les geta. Les hautes ou les normales… Vu son apparat et le fait qu’elle allait sortir, elle décida de passer un moment dans les boutiques du Karyukai. La journée passa ainsi, sans encombre, jusqu’au coucher du soleil. Elle rentra dans la Maison qui respirait déjà l’alcool, une demoiselle se déhanchait langoureusement sur la scène en face des tables où les hommes, accompagnés ou non, appréciaient le spectacle et déboursaient des fortunes.

Elle posa dans son sanctuaire les quelques achats qu’elle avait faits. Mais il était temps de voir la ville sous un autre angle. Le soleil couchait ses rayons rouges sur le quartier des plaisirs qui s’éveillait, lui. Chaque toit était baignée de ce sang que l’éther daignait pleurer à chaque aube et chaque crépuscule.

Redescendant, faisant claquer discrètement ses geta sur les marches de bois, elle se glissa au dehors, évitant patron et vagues collègues de travail. Les hommes desserraient leurs cravates tandis que les femmes dénouaient leurs corsages, c’était une harmonie de couleurs, de sons et d’odeurs qui se mêlaient à ceux, atypiques, de la Geisha. Les odeurs de parfums puissants et musqués se heurtaient à la fraîcheur et au charme de l’orchidée, les voix légèrement graves au silence le plus total et les expressions aguicheuses et vulgaires à ses petits regards timides et son pas presque pressé. Elle irait sans doute jusqu’à la Fontaine aux Anges, redoutant et espérant voir l’Archange puis elle rentrerait, irait prendre ses accessoires et ferait, ce soir encore, le spectacle pour ces porcs.

La vie de Geisha en elle-même était du pain béni. Mais cette hantise, cet Archange qui la suivait sans cesse. C’était comme une chevauchée sans fin, elle le cherchait mais elle le fuyait. Elle le voulait dans ses rêves mais l’en chassait avec la violence d’un tigre blanc.

Ses pas ne trouvaient même plus la place pour raisonner, le bruit avait envahi la rue principale du Karyukai qu’elle remontait alors… Les yeux baissés sur le sol, se relevant vaguement sur quelques personnes au hasard, seul un miracle aurait pu la tirer de sa léthargie à présent quasi permanente.
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Abel C. Zerach
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MessageSujet: Re: Bittersweet   Bittersweet Icon_minitimeVen 7 Nov - 7:14

Une fine bruine se mit à tomber sans bruit depuis les cieux couleur d’encre, rafraîchissant agréablement l’atmosphère surchauffée du quartier des plaisirs. L’Archange qui déambulait d’un pas pressé et assuré dans le dédale perpétuellement plongé dans une semi obscurité - à cause de ces lanternes rouges accrochées à chaque mur de pierre des boyaux qui partaient du cœur de ce microcosme gangrené par la luxure et pourtant si accueillant – en salua la venue silencieusement, comme l’on reçoit dévotions ou vœu exprimé à mi-voix. L’harassante journée, dont le ballet ininterrompu des obligations administratives c’était déroulé sur une cadence frénétique frôlant l’hystérie, l’avait laissé presque vidé, dépourvu de toute velléité d’amusement nocturne quoi qu’il en soit. N’en déplaise à qui apercevrait sa silhouette à la démarche royale, sa seigneurie n’était pas en ces lieux pour descendre de son piédestal et se vautrer dans une fange qu’il trouvait plus apaisante et sacrée que l’hypocrite eau bénite des religieux mielleux de l’Amariah. Bien au contraire, s’il avançait ainsi comme en terrain conquis, comme un homme prend le chemin de la maison pour s’en aller retrouver sa douce épouse et leur ribambelle de gamins aux cheveux blond blé, avec cette nonchalance de qui connait par cœur les pavés qui se déroulent sans interruption sous ses pas… c’était bien parce qu’il était chez lui en effet, mais en tant que patron officieux du district-bordel d’Assiah et non pas comme client.

Le temple impie des hérétiques en tout genre et des Marie-Madeleine au rabais reversait depuis chacune de ses chapelles une dîme conséquente dans les poches du Père Zerach. En contre partie, le bienveillant Archange leur assurait une protection sans faille. Ou presque. Que pouvait-il contre les dissidences internes dans un endroit où la concurrence faisait rage pour cause de surpopulation de fessiers sur les étalages ? Et qu’en avait-il à faire d’ailleurs qu’une petite pute parmi tant d’autres se fasse aligner sur le carreau, se vidant tranquillement de son sang dans l’indifférence général, les tripes à l’air ou la gorge flanquée d’un second sourire qui allait d’une oreille à l’autre ? C’était tout à fait le sort type des ouvriers du quartier et cela l’indifférait totalement. Tant que l’argent tombait dans ses caisses, qu’ils ne faisaient pas trop de vagues susceptibles de se transformer en tsunami si un inspecteur un peu trop zélé décidait subitement de prendre en pitié une de ces ouailles égarées… Grand bien leur fasse si les âmes damnées du coin décidaient de régler à la sauvage leurs petites histoires de clans ou autres querelles mesquines qui éclataient parfois sur la simple base d’un racolage trop offensif sur les plates bandes du voisin. Aucune raison de s’émouvoir, puisque protection leur était offerte dans cette cage dorée qui s’étendait aussi dramatiquement que le labyrinthe de Minos. C’était leur choix de se tirer odieusement dans les pattes alors que les conditions étaient largement réunies pour que chacun y trouve son compte.

Le Karyukai n’était pas le genre de quartier désœuvré où de pauvres gamins des rues vendent leurs miches pour deux francs six sous sans aucune garantie de se faire payer la passe qu’ils avaient du offrir à une espèce de porcin graisseux qui suait à grosses goutte en couinant comme un chien en rut. C’était un business. Et en tant que chef d’entreprise, l’Archange tenait pour sa réputation personnelle à ce que les choses soient faites avec un minimum d’efficacité et dans une vitrine un tant soit peu attirante. Personne n’aurait voulu mettre les pieds dans un de ces coupes gorges à la Londres du XIXème siècle où des émules de l’Eventreur attendraient tapis dans un coin sombre de venir jouer les apprentis bouchers sur le premier péquenaud qui aurait eut la mauvaise envie de se vider entre les cuisses d’une donzelle crasseuse. Laisser les lieux dégénérer en un tel chaos ne lui aurait été en rien profitable, au contraire. Certes, tout n’était pas reluisant dans les allées étroites et tortueuses du quartier des plaisirs, cela va sans dire. Débauche à tous les coins de rues, menu exotique si le client le désirait, parfois à la limite de ce que l’humain lambda pouvait considérer décent vu la jeunesse de certains Erelims… mais il faut de tout pour faire un monde n’est-ce pas ? Et quoi qu’il en soit, le client est roi. Pédophile à peine dissimulé ou simple employé de bureau castré par bobonne à la maison, venant se défouler sur une femme docile parce que payée pour faire ses quatre volontés ; chacun pouvait trouver midi à sa porte dans l’antre de la chair et des satisfactions éphémères.

Une Ombre, rendue presque anonyme par la tenue plus décontractée qu’à l’habitude qui habillait sa haute stature, se glissait cette nuit là entre les êtres affamés et rendus fébriles par l’envie de purger leurs plus bas instincts. Il prenait inconsciemment le pouls exalté qui pulsait dans l’air, calant naturellement le rythme des battements de son métronome interne sur celui des vagues nerveuses de désir et de luxure qui vibraient dans l’atmosphère. Quelques frissons courraient même depuis ses reins jusque dans le bout de ses doigts. Peut-être l’effet de la pluie qui se faisait plus dense et venait s’écouler le long de son visage - animé d’un sourire de plus en plus franc, signe du plaisir qu’il prenait toujours à se mouvoir en ces lieux de perdition – jusque sous le pull anthracite au profond col en v, qui découvrait en partie son torse laissé sans autre vêtement. Ou alors était-ce les prémices d’une contamination latente par cette délectable peste charnelle, l’incubation de ses propres envies refoulées pour le moment au seuil de l’esprit par la nécessité de venir quérir lui-même son dû auprès d’une des maquerelles tenancières de bordel. Peu lui importait également de connaître la réponse à cette question. Le résultat demeurait que son humeur changeait lentement, avec chaque pas qui l’amenait à s’enfoncer plus profondément dans les entrailles du red-light district, passant d’un agacement certain à un état de détente empreinte des ébauches d’une lascivité naturelle. Juste assez pour qu’il ne perde pas définitivement patience en face de la vieille radine qui tenterait misérablement de marchander le prix à payer pour garder son cul et celui de ses filles en sécurité.

Mais vous comprenez monsieur, les clients sont moins nombreux ces temps-ci. Et puis j’ai du réduire les tarifs pour pouvoir garder mes habitués, la concurrence vous savez ce que c’est. Sans compter que la petite nouvelle, faut la former et en attendant, elle me coûte plus que ce qu’elle me rapporte. Et bla bla bla.Une sérénade ininterrompue sensé faire pleurer dans les chaumières sur la vie terriblement difficile de cette bonne femme assez charitable pour prendre sous son aile des gamines écervelées et leur apprendre comment onduler des hanches et simuler l’orgasme de manière assez convaincante pour appâter et garder les mâles pseudo-dominants du coin. Mais tout à fait ma pauvre dame, je suis tellement navré pour vous. On peut s’arranger, évidement. Non mais est-ce que j’ai l’air de faire dans l’humanitaire ? J’ai une tronche à gober tes mensonges éhontés ? Ne me fais pas perdre mon temps si tu espères pouvoir continuer à gagner ta croûte sans bouger le petit doigt.

L’affaire fut vite réglée, d’autant que l’ersatz de mère Theresa savait très bien qu’il valait mieux pour ses petites affaires qu’elle se dépêche de mettre la main au porte-monnaie sans trop tergiverser. Qui venait à elle pour faire la récolte travaillait pour l’Archange et qui travaillait pour l’Archange n’était pas tout à fait la bonne personne à contrarier en temps normal. Alors s’il se déplaçait en chair et en os. Elle avait tenté sa chance sans grande conviction. L’entretien ne dura pas plus que quelques minutes, s’achevant sur la reddition prévisible de la pingre en corset de soie, qui voulait encore se donner des airs de grande dame alors qu’elle perdait la moitié de ses cheveux et que la peau de sa face cupide s’effritait presque sous les effets ravageurs du temps si cruel pour les mortels. Une petite pilule peut-être ma bonne Dame ? Et puis quoi encore. Même un chien aurait plus mérité d’être sauvé du trépas par le médoc miracle que cette saloperie sur pattes caquetante. Le lamia l'aurait volontiers saignée lui-même si son sang n'avait pas eut à coup sûr ce goût de médiocrité, à vous rendre nauséux, qui s'épendait de visu depuis son âme jusque dans chacune de ses cellules.

Retrouvant cette désagréable sensation de tension dans ses tempes, Abel ne reprit pas de suite le chemin du retour vers les sphères huppées de l’hôtellerie de Zion. Un instant, il s’adossa contre le mur de pierre sales de la baraque à bites qu’il venait de quitter, laissant la pluie froide et relaxante venir une nouvelle fois mouiller l’albâtre exposé de sa peau. Ses prunelles grises erraient d’un passant à l’autre, à la recherche de qui, de quoi ? De rien probablement, juste du silence intérieur qui pouvait parfois se faire alors que l’on se laisse hypnotiser par la valse du monde extérieur. Elles trouvèrent pourtant un regard timide aux teintes énigmatiques, entre l’insondable bleu océan et une orageuse émeraude, qui s’élevait comme en s’excusant sur les vivants rôdant tels des spectres. Un tout petit instant avait-il songé…

… une fugitive seconde pouvait se muer en Éternité, même si l’Archange jusqu’ici l’ignorait.
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MessageSujet: Re: Bittersweet   Bittersweet Icon_minitimeDim 9 Nov - 15:11

La foule semblait aller si vite par rapport à ce corps statique qui semblait se cacher pudiquement derrière un masque froid… Ses pas la menaient, sans réel bruit, vers le quartier des affaires. Fleur de Cerisier qui poussait sur un tas d’immondices, regard doux au milieu des yeux aux étincelles lubriques. Que faisait-elle là ? Elle offrait un rêve plus vicieux encore que ceux que vendaient les demoiselles abonnées à l’année à ces maisons de joie… Elle donnait cette impression qu’il existait encore dans cette pourriture puante une once d’espoir de voir une petite chose fragile et délicate. Etait-ce un travail dégoûtant et répugnant ? Bien sûr que oui. Mais elle s’y était faite à force de nouer son obi en sachant que sans doute le soir même, elle ferait mine de se déshabiller elle-même afin que les mains sales des hommes ne se posent pas sur la soie délicate de ses vêtements. A défaut de sauver le diamant, on sauvait l’écrin… Il ne fallait parfois qu’une petite trace de saleté sur une pierre pour la souiller à jamais.
Eresys était souillée. Depuis bien longtemps, depuis que le tenancier du bordel avait décidé de la sauver d’entre les cuisses de sa mère. Au fond, elle aurait du se dire heureuse d’avoir été en vie grâce à lui. Mais à quel prix ? Celui de se vendre ? Elle avait emprunté une voie qui lui permettait au moins de sembler plus raffinée que ces putains qui courraient les rues, poursuivies par ces immondes porcs, main à la braguette.

Une goutte froide lui roula dans le cou, elle frissonna et s’estima heureuse de ne pas avoir laissé son ombrelle dans ses appartements (bien grand mot, il est vrai…). Elle se pencha donc légèrement en avant afin de pouvoir ouvrir l’ombrelle à son aise et la placer juste au dessus de sa tête. Rien n’était plus vilain qu’une geisha au maquillage tout coulé sur ses joues et son cou, laissant voir une peau dont la blancheur factice dégoulinait jusque sur son kimono. Oui, très vilain et une réputation se fait au jour le jour, pas question de tout gâcher à cause d’une petite pluie perverse.
Pourquoi perverse ? Eresys avait toujours vu la pluie comme un cadeau mais aussi comme un liquide pervers qui pouvait s’infiltrer partout en une froide et longue caresse qui ne laissait qu’un frisson et une impression d’absence. Est-ce là une digne façon de se comporter et de penser pour une geisha ? Peu importait, qui connaissait encore les geishas à cette époque ou débauche germait dans la tête des plus prudes ?

Soupir… La pluie se faisait torrent, heureusement que ses geta étaient suffisamment hautes pour qu’elle ne mouille pas ses chaussettes. Elle marchait parmi ces gens qui courraient sous la pluie pour rejoindre le pavillon le plus proche. Tandis qu’elle, elle marchait, calmement, protégée par son ombrelle. Et elle pensait… Son esprit galopait comme les gouttes de pluie dégringolaient sur les bords de l’ombrelle qui offrait une résistance inattendue pour qui ne savait pas la façon dont elle était faite. Ses petits pas, causés par le bas étroit de son kimono, lui donnaient un air de femme en procession derrière un de ces cercueils d’homme qu’elle ne connaissait pas. Mais comme si elle était là parce qu’elle le devait. Elle semblait ailleurs, parfois relevant ses yeux vers les inconnus qui s’arrêtaient alors soudainement, trempés d’eau de pluie et la bouche entrouverte. Un air naïf ? Ou peut-être simplement fermé. Elle rentrerait, sans avoir trouvé ce qu’elle cherchait mais presque soulagée de ne l’avoir pas trouvé… Elle boirait un thé, puis trouverait de quoi se vêtir et… Travailler, comme d’habitude.

Les gestes ancestraux, elle les connaissait à présent par cœur. Peut-être une danse des éventails. Ou alors elle servirait simplement le thé sous les yeux affamés de ces prédateurs, sur sa pauvre petite personne qui sentait encore l’innocence enfantine et la poudre à la fine odeur d’orchidée. Etre une Geisha était se montrer telle une œuvre d’art vivante et non comme de ces vulgaires catins. C’était sans doute ça qui attirait. Elle s’était souvent vue, non sans une once de prétention, elle l’avouait avec honte, comme une fleur éclose sur une charrette de purin. Peut-être était-ce cette jolie chose dans ses cheveux, sur un masque blanc aux lèvres rouges… Une petite chose sans réelle émotion…

Elle tenait avec beaucoup de précaution son ombrelle, il ne fallait absolument pas que sa coiffure ou son maquillage ne soient mouillés. Jamais. Même en tenant son ombrelle, aucune parcelle de peau nue et sans poudre ne pouvait être vue. C’est ainsi qu’elle pouvait se permettre parfois, en servant le thé ou le saké, d’exposer une petite partie de son poignet et donner l’impression d’offrir un privilège à quiconque la voyait à ce moment là. D’ailleurs, pour en revenir à sa coiffure… On pouvait dire qu’elle avait été si soignée que les longs cheveux qui en dépassaient parfois ne donnaient qu’un air plus attirant encore. Elle n’oubliait pas son sens premier… De vendeuse de charmes. Même si elle aurait adoré qu’on la paye pour servir le thé et faire la conversation. Mais les hommes, ni les femmes, ne voulaient plus de ça. Bien sûr que non, pour eux, ce n’était plus que sexe, bestialités… Dégoûtants personnages dont chaque regard semblaient dire « A présent tu vas être à moi, une soumise, que je vais pouvoir briser comme bon me semble. »

Elle remontait la rue principale du Karuykai, afin de retrouver le chaud de sa chambre. La fontaine n’aurait pas eu sa visite, ce jour là. Tant pis, elle s’en passerait, la pluie était bien trop drue pour qu’Eresys puisse se le permettre. Ses regards légèrement offerts ne cessaient de se baisser sur le sol. Son apprentissage avait été fait avec tant de rigueur qu’il ne lui venait presque jamais à l’esprit de regarder au fond des yeux un long moment. C’était très impoli de sa part, elle n’était pas une vache. Elle vivait dans un monde de maisons de thé, de beauté, de fleurs et de poudre de riz où le thé se servait de la plus douce et lente des façons.


Mais l’impensable… Non… L’impossible allait se produire. Ses pas étroits s’enchaînaient et tandis qu’elle relevait un regard timide, elle croisa deux yeux gris. Elle détourna immédiatement la tête, non pas parce qu’elle l’avait vu mais parce qu’elle… Mit un temps à se rendre compte. Elle s’arrêta, incapable de bouger plus et tétanisée, releva son regard étrange vers cette ombre qui se dessinait sur le mur sale. Ses mains se crispèrent légèrement sur le manche de l’ombrelle, sa bouche rouge s’entrouvrit à peine. Elle détourna soudainement la tête, honteuse, baissa les yeux et prit un pas précipité, tentant de masquer son visage et priant pour que le bas de son kimono ne soit pas le traître. Etait-ce une douleur comme celle qu’elle avait eue aux mains ? Non. C’était cette étrange sensation de battement étrange de son cœur.

Mais une Geisha n’avait pas de cœur, ainsi elle fuyait, dans la rue principale presque déserte du quartier des plaisirs, l’ombrelle prêt de la coiffure, ne voulant l’abîmer mais priant pour qu’il ne l’aie pas vue.
Comment ne pas voir une femme sous une ombrelle, seule âme qui vive sous cette pluie diluvienne, dans un accoutrement des plus étonnants, s’arrêter presque devant vous, tourner la tête et poser ses yeux étrangement brillants sur vous puis fuir lâchement, les pas retenus par la hauteur de ses geta et l’étroitesse du bas de son kimono.
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Abel C. Zerach
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MessageSujet: Re: Bittersweet   Bittersweet Icon_minitimeMar 11 Nov - 15:36

Une odeur

C’est beaucoup plus qu’il n’en faut aux loups pour se lancer frénétiquement aux trousses du gibier, le nez humant le vent et tous crocs dehors, babines écumantes laissant échapper des grognements enragés. Un appel lancinant, irresistible de l'instinct qui commande alors de traquer, isoler et tuer la proie. L'achever après une bataille souvent perdue d'avance, pour ensuite se repaître de sa chair encore fumante dans le frimas hivernal, le sang rougissant la neige et la gueule des prédateurs, dernier éclat de couleur pour signifier qu'avant ce cadavre gisant la gorge déchiquetée, vibrait la vie dans toute sa splendeur.

Orchidée

La senteur flottait tout autour de la délicate apparition au pas mesuré car entravé par le splendide carcan de traditions d’autrefois. Le parfum de cette fleur rare, cultivée pour son plaisir et celui des promeneurs dans les jardins suspendus autour de l’Etemenanki, s’engouffra dans les poumons d’Abel à chaque respiration qu’il prenait tandis que la geisha commençait à s’éloigner le plus rapidement que le lui permettaient ses lourdes socques de bois et le bas de son kimono de soie. Suave et entêtante, porteuse d’un sésame connu de lui seul vers les portes du désir, la fragrance emplit chacune des alvéoles pulmonaires précédemment saturées de fumée toxique, se substituant à l’air, et lui monta à la tête aussi vite que survient le flash après l’injection via l’aiguille froide d’une seringue pleine d’héroïne. L’effet fût fulgurant.


Vapeurs d’orchidée...

...L’hallali avait sonné


Nul besoin d’un autre signal pour que ne se lance à la suite de l’élégante silhouette toute de soie et de poudre parée, l’Ombre qui reposait anonyme et immobile contre un mur d’une des multiples ruelles du Karyukai. Qui se transformait en piste de gibier. Le loup et l’agneau, éternelle histoire d’un cruel jeu ô combien naturel, auquel allait s’ajouter la maladive tendance de l’humain à jouir des duels mettant en jeu plus que la vertu d’un être. Et Dieu, si tant est qu’il existait, savait que celui qui progressait lentement derrière la belle demoiselle était parmi les plus friands adeptes des frissons et des ivresses encloses dans le ballet magistralement orchestré par l’appel des instincts animaux les plus profondément chevillés au corps de l’homme. Qu’il s’en délecta était un euphémisme. Un Art, une porte de sortie ouverte sur l’Infini, de quoi tromper la morosité des actes et ambitions triviales qui se jouaient dans le petit monde s’agitant autour de lui jour après jour, l’éclair capable d’embraser la fade réalité. Une respiration nécessaire à sa survie. Et qu’importe qu’il faille en étouffer d’autres pour prendre son souffle. Au contraire, cela ne faisait qu’ajouter au charme vénéneux de la chasse.

Le papillon voletait entre grâce et empressement à la mesure forcée. Lui pressait un peu plus l’allure, resserrant lentement le filet qui allait capturer l’insecte aux ailes chamarrées portant les broderies virtuoses de quelque magicien apte à tisser les plus nobles arabesques sur la finesse d’une étoffe aussi rare que la vie de celle qui cherchait refuge où se cacher était fragile. Le temps filait sans que l’Archange ne puisse plus songer à l’écouter s’égrener sur les parois de verre du grand sablier, trop absorbé dans l’immédiateté et l’intensité de ce mouvement impérieux d’instinct couplé à l’irrésistible écho d’une réminiscence innocemment menée à son esprit. Elle qui ne faisait que se parer pour exercer dans les règles un Art séculaire, comment aurait-elle pu savoir tout ce qu’une simple odeur de fleur pouvait faire naître d’obsession dans l’esprit malade de l'Archange ? En jetant un coup d’œil par-dessus le délié dissimulé de son épaule, à l’abri derrière l’ombrelle de papier de riz qui protégeait l’œuvre de chair et de sang qu’est une geisha, la jeune femme pourrait voir qu’un homme la talonnait, de plus en plus proche, bien que le rythme de sa marche ne perdait rien de son habituelle nonchalance. Tout comme son visage conservait l’expression impassible et altière à la limite de l’arrogance qu’il arborait le plus souvent en public.

Impénétrable. Froid et déterminé. Le gris orage de ses yeux à peine voilé par les brumes d’un opium hormonal qui s’écoulait sans entrave possible dans son sang. Ce sang qui pulsait à ses tempes, écho silencieux des battements cardiaques qu’il parvenait à tenir en respect en se concentrant en partie sur sa respiration. Lorsque le lamia arriva à auteur de la geisha, sans un bruit décelable autre que celui de son souffle, celle-ci se fit plus profonde pour parvenir à porter jusqu’aux oreilles de la jeune fille ce timbre chaud et grave qui tranchait avec le détachement apparent de celui qui ne prononça rien d’autre que ces quelques mots :


" Où allons-nous ? "


Une évidence.

Presque un ordre tant la voix qui perça sans politesse le silence entre eux - et le murmure lointain désormais des rues animées – était enveloppée d’un calme et d’une assurance non feintes, puisqu’il était le Maître en ces lieux. Le dominant d’eux deux. Cependant il ne la toucha pas. En dehors de son regard perle qui vint se fondre pour la seconde fois dans la mer aux couleurs changeantes des prunelles réservées de la geisha. La même impression de commandement - doux mais qui ne souffrirait aucun refus - s’y lisait sans détours.

Et toujours cette pluie qui s’écoulait des cieux, trempant jusqu’aux os à présent l’imperturbable Archange, qui paraissait tout aussi insoucieux du phénomène qu’il était véritablement ruisselant sous la cascade incessante qui tombait de plus en plus drue.
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MessageSujet: Re: Bittersweet   Bittersweet Icon_minitimeVen 14 Nov - 0:28

Etait-ce dans sa tête ? Oui sans doute. Ses petits pas sur le pavé lui donnaient l'impression de la ralentir au possible. L'eau qui dégringolait pulsait tout comme pulsait son petit coeur serré. Elle se sentait comme ces souris qu'on offre aux serpents les plus venimeux. On fuit mais on sait que tôt ou tard, on sera avalée toute crue.

Elle entendait ses pas si nettement à travers le vacarme du déluge sur son ombrelle... Son souffle s'accéléra, il fallait qu'elle trouve un moyen de s'échapper, de lui échapper... Trois, deux, un... Impact.
Mon Dieu comme... Comme sa voix était douce et grave. Comme il pouvait captiver qui il voulait. Et c'était bien lui. Mais cette phrase la laissa sans voix. Elle s'arrêta et se tourna légèrement vers lui, n'osant relever son regard que quelques secondes pour le remarquer, trempé de pluie. Il semblait si serein, c'était déconcertant. Elle avait échoué à quelques mètres de la maison où elle avait son sanctuaire. Prise à son propre jeu, elle venait de tomber dans le défi suprême, celui de l'emmener et de lui montrer qu'elle n'était pas appellée la Fleur de Cerisier pour rien.

"La Maison n'est qu'à quelques mètres, permettez-moi de vous y conduire. Vous pourrez sécher vos vêtements et boire un peu de thé ou de saké."

Elle s'inclina légèrement et reprit sa marche, un peu plus lente tout de même, vers la Maison. Eresys se précipitait pour qu’il ne soit pas trop mouillé à l’arrivée.

« Je vous prie d’accepter mes excuses de vous laisser ainsi cheminer sous la pluie. »


La maison était tout proche maintenant, ainsi elle entra en premier dans la bâtisse où elle fut saluée. Et tout se fit silencieux lorsqu’Abel entra à sa suite. Elle avait refermé sa jolie ombrelle et laissait aux invités de la maison le plaisir des yeux sur sa peau satinée. Eresys retira délicatement ses geta et se dirigea d’un pas retenu vers une salle qu’elle savait souvent vide. Sa renommée lui avait donné le privilège d’avoir une jolie salle toute pleine d’objets et de décorations japonaises. La couleur dominante était le rouge. Le blanc et le noir venaient relever le tout.

Un shamisen reposait sur son socle dans un coin, la lumière était douce à travers les abats jours de papier. De jolis paysages étaient accrochés aux murs, sur un petit meuble reposaient deux éventails ainsi qu’un service à thé, Au centre de la pièce une table en bois laqué reposait sur un tatami. Les cadeaux et l’argent avaient fait des miracles. Mais le goût pour la finesse de la Fleur de Cerisier n’y était pas étrangère. Un paravent trônait, fier, le long d’un mur. Elle laissa Abel entrer et lui dit, regardant le sol et s’inclinant.

« Pardonnez-moi mais je vais devoir m’absenter quelques instants. Prenez vos aises, Monsieur. Je reviens le plus vite possible. Si vous souhaitez faire sécher vos affaires, le paravent peut très bien les recevoir. »

Elle sortit en reculant, ne jamais lui tourner le dos. Comment avait-elle pu parler d’une façon si nette devant cet homme qui la hantait depuis toujours ? Peut-être parce qu’elle ne l’avait pas regardé une seule fois. Et surtout pas dans les yeux.

Tout d’abord, Eresys se dirigea vers ses appartements. Elle vérifia son kimono violet, ajusta le rouge de ses lèvres et s’observa quelques temps afin de reprendre ses esprits. Elle vit alors que son cou n’était plus si blanc. Elle remit donc un peu de poudre, cette odeur d’orchidée se déposant sur sa peau, de nouveau.
Elle descendit ensuite dans une petite pièce, fit chauffer de l’eau et attrapa… Le sake. Elle espérait qu’Abel ne s’ennuyait pas trop dans cette salle et tenta de faire le plus vite possible. Ses pas la menèrent, les bras chargés d’un lourd plateau, vers la salle et referma précautionneusement derrière elle. Elle posa le plateau sur la table basse, sans regarder Abel, non, ne pas le regarder…

Elle s’agenouilla donc sur un coussin prévu à cet effet, brodé, ravissant.

« Voilà Monsieur. Souhaitez-vous du thé ou du saké ? Ou peut-être un cigare ? Ou de l’opium ? »

Prenant son courage à deux mains, elle releva deux prunelles timides et tempétueuses sur l’homme, Abel Zerach… Abel. Dieu comme il était beau. Il avait les traits fins, ses yeux, mon Dieu ces yeux… Elle baissa immédiatement les yeux, il ne fallait surtout pas qu’elle le regarde de nouveau, c’était un suicide.
Eresys avait longtemps rêvé de l’avoir en face d’elle, ainsi, juste en tête à tête. Et à présent que cela se déroulait sous ses yeux finement maquillés, elle cachait ses tremblements.

Ses mains posées sur ses cuisses, elle gardait le Silence, attendant à présent les ordres d’Abel qui venaient d’entrer dans son univers de calligraphie et de poudres.


Silent Dream



La Geisha n’osait plus bouger, tétanisée par la présence de l’Archange entre les murs. Elle savait que les filles gloussaient derrière la porte, attendant un quelconque bruit de lutte charnelle à même le tatami. Ces perverses.
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